Cape et d'épée

Le peuple en a marre des effets spéciaux. Il ne veut plus de cet artifice électronique qui pollue ses écrans. Tout ce qui est clavier l'ennuie (et il ferait bien de se méfier de ce qui est Clavier). Désormais, il rêve de consistant, de solide, d’humain. De quelque chose qui enfin le touche, de cinéma populaire.

Le peuple a du vague à lame : il regrette les films de cape et d’épée. Que dis-je "de cape et d'épée" ? Je parle là d'un véritable genre cinématographique ! Action, Passion, Justice. Du majuscule, de l'épée, de l'épais.

Le cinéma a été suffisamment passé au fil du rasoir du numérique. La file d’attente s'impatiente. Que le cinéma retrouve enfin le fil de l’épée ! Qu'il en finisse avec le toc et qu'il retrouve l’estoc. "Nous n'Iron plus au cinéma". Il ne veut plus de la cape du superhéros, mais repense à la cape et à la super épée. Une épée. Un maître. Un cador. Le duelliste est un zorro pensant et Sartre se voit en Pardaillan (cf Les Mots).

Alors que l’Europe bureaucratique prépare ses élections (plus le silence de la carpe que le panache de l’épée, notez bien), le peuple regrette cette Europe de cinéma qui faisait dans le chevaleresque : des histoires qui se déroulaient en Angleterre, Espagne, France ou Italie. Il aimait tant ce droit fil de l’épée protégeant la veuve et l’orphelin.

En ce mois de mai 2014, au manichéen de peace (et sa propagande de Bruxelles) vendu par les candidats au parlement européen, le peuple préfère la fiction. La belle fiction tirée de pages pop-cornées et servie par Jean Marais, Delon, Belmondo jusqu’à Johnny Depp… Le peuple aime un max les ferrailleurs. Sauter. Escalader. Virevolter. Il aime ce fil rouge du cinéma d’action. Tous pour un, un pour tous. Chaque film vaut les coups que les personnages se donnent.

Et puis c'est un genre qui a bercé l’enfance : une infanterie pour enfant. Des films areuh, à regarder, à revoir.

Quand le film commence, le peuple sait que "fauteuil avoué, à moitié pardonné". Il a besoin de son ice cream devant son screen à escrime. Il oublie tous les autres films tartignolles pour contempler D'Artagnan. Du cliquetis, du tsing. Tsing Tsing, ta chanson ne dure jamais trop. Bruits d'épées. Légers jusqu'à entendre voler une scaramouche avant qu'un capitaine se fracasse. C'est drôle et celui-là l'avait bien mérité.

Sortis d’un livre, les personnages bondissent au fur et à mesure que l’intrigue rebondit. Puis ils se battent ailleurs ou vont faire ailleurs ce qu'ils ont prévu de fer avec une épée sœur. Ah le bonheur d’un roman épais d’un Dumas expert en épées ! Et le bonheur d'une dague comme une image. Il y a du bon (et c'est sportif) de croiser l'écrit et l'écran. Ne serait-ce que pour ne pas dire "Quésaco Zévaco ?".

Désormais, les épées s’actionnent dans les réalisations anglosaxonnes. Cloak and dagger film. Il faut voir The musketeer, série de la BBC, «A thrilling world of action, adventure and romance inspired by Dumas' legendary characters.»